Ærkaos, cette saga fantasy oubliée

Ærkaos // one shot – trilogie
Jean-Michel Payet // éditions Panama // 16€
Fantasy // Mondes parallèles // Pouvoir des mots

Univers : ♦♦♦♦♦
Ecriture : ♦♦♦♦♦
Personnages : ♦♦♦♦♦
Intrigue : ♦♦♦♦♦

> Un coup de cœur de ma jeunesse <
aerkaos les mots d'arva
– Résumé –

Les livres ont une puissance insoupçonnable. C’est ce que n’aurait jamais dû découvrir Oonaa, jeune vestale recluse dans la Citadelle de Maahsandor. Rien n’était censé venir bouleverser l’existence de la jeune fille, soumise aux règles de l’Ordre vunique. Pourtant, dès lors qu’elle entre en contact avec un groupe de dissidents, Oonaa n’hésite pas à se mettre en péril. Elle apprend à discuter tes vérités qu’on lui a enseignées, à expérimenter le doute, la trahison. 
Elle comprend aussi que les livres sont des passerelles entre les hommes et, plus étonnant encore, entre les mondes…


– Mon avis –

Il est là, l’article que je vous promets depuis des mois, celui qui lève le voile sur LA première saga fantasy à m’avoir retourné le crâne. Avant de commencer cette chronique, je voulais vous parler de mon rapport à cette trilogie. C’est ma maman qui, ayant toujours soutenu mon goût pour la lecture, m’a un jour acheté le premier tome d’Ærkaos alors que nous faisions les courses à… Intermarché. Oui, l’une des meilleures sagas de ma jeunesse a été achetée dans une grande surface. Au début, le résumé me faisait peur, et j’ai laissé ce livre de côté pendant quelques temps (je devais avoir 9/10 ans). Puis un jour, je me suis lancée. Et cette trilogie fait aujourd’hui partie de celles que j’ai le plus relues. Mais aujourd’hui, à mon grand désespoir, je ne la vois pas en librairie, ni sur bookstagram. Alors je me suis donné pour mission de vous donner envie de vous plonger dans le premier tome.
J’espère que j’y arriverai, parce que cette histoire mérite d’être lue, pour ne pas être oubliée

Le roman s’ouvre sur l’histoire d’Oonaa, jeune vestale de l’Ordre Vunique qui peine à rentrer dans le moule lisse et sans bavures qu’on lui impose. Bien qu’elle voue une foi incommensurable à l’institution qui régit son monde, elle est amenée à remettre en question les préceptes qui lui sont inculqués depuis sa tendre enfance. Ærkaos, c’est d’abord un roman sur le doute, le libre arbitre et la prise de parole. C’est le premier livre à m’avoir autant marquée sur ce sujet. Cet univers marqué par un totalitarisme religieux déguisé est excellent, dense et riche. Et ce qui est fou, c’est qu’il engendre autant de questions que de réponses. On sent que l’auteur a pensé son monde comme un système complexe, et pas uniquement comme le lieu des aventures de ses héros. Et ça, ça a forgé mon œil de lectrice. Si aujourd’hui je donne tant d’importance à l’univers des livres que je découvre, c’est en partie grâce à cette trilogie. Le monde d’Oonaa est construit autour de la parole de l’Unique, et tout autre forme d’expression ou idéologie est proscrite. Ainsi, tous les autres livres sont interdits dans cette dictature qui me rappelle fortement le principe du roman Le nom de la rose d’Umberto Eco, roman dans lequel l’Eglise récupère tous les livres, et les cache pour contrôler le peuple par la suppression de la connaissance.
Et on en arrive au point clé du roman. Comment vous en parler sans vous spoiler… Dans Ærkaos, le livre et les mots ont une place centrale dans l’intrigue. Oonaa est une histoire qui nous est contée, une histoire dangereuse. Et d’autres lecteurs peuvent y avoir accès, à travers le livre, cette passerelle entre les mondes. Dès lors que les personnages prennent conscience de l’importance de la lecture et de la transmission des histoires, tout change, et le roman prend alors une dimension extraordinaire. J’aimerais en dire davantage, vraiment, mais il FAUT que vous le découvriez par vous-même. J’ai d’ailleurs raccourci le résumé du livre qui, pour moi, en révèle un peu trop sur la magie de ce récit. Les mécanismes narratifs de cette trilogies sont exceptionnels, et ils m’ont longtemps fait réfléchir sur beaucoup de points. Ærkaos, c’est une mise en abyme de la lecture, du pouvoir de création de la littérature et de la portée des mots.

– Mais certains romans se passent dans la réalité…
– Dans quelle réalité?


Je vous ai beaucoup parlé de la portée symbolique de ce livre, parce que c’est, pour moi, la lecture principale de ce roman. Mais bien entendu, l’intrigue est extrêmement bien menée, avec des retournements de situations inattendus mais crédibles, des personnages qui évoluent au fil des pages. Le principe de mondes parallèles ne tombe pas à plat mais sert à merveille le propos de l’intrigue (et quel propos !). Le monde d’Oonaa est très visuel, et on s’y projette tout de suite ; les autres sont plus familiers. On ne s’ennuie jamais, et on dévore les pages, avides de connaître le fin mot de l’histoire, des histoires.

En bref, Ærkaos contient tous les ingrédients d’une merveilleuse trilogie fantasy. J’irai jusqu’à dire que ça peut être considéré à la fois comme de la fantasy jeunesse ET adulte, compte tenu de ses différents degré de lecture (comme la majeure partie de la bonne fantasy jeunesse me direz-vous…) Si vous vous lancez dans cette lecture, je serais plus que ravie d’en discuter avec vous, et si UNE personne tombe sous le charme de ces bouquins après la lecture de ma chronique, alors j’aurais accompli ma mission.

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NB : les éditions Panama n’existent malheureusement plus, et il est difficile de trouver les mêmes éditions que moi en librairie. Mais vous pouvez la retrouver sur www.decitre.fr .


Vous pouvez aussi retrouver l’édition en un volume chez Gallimard juste ici.